Patinage/Violences sexuelles : le rapport de l’inspection générale ne demande pas de retrait de délégation

Le ministère des Sports a communiqué mardi suite à la remise de rapport de l’inspection générale du ministère sur la Fédération française des sports de glace. Il pointe des dysfonctionnements, mais ne propose pas de retirer la délégation à la FFSG.
Le rapport de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) avait été commandé par la ministre des Sports Roxana Maracineanu le 6 février 2020, soit en plein scandale des violences sexuelles dans le patinage artistique, suite à la publication du livre de Sarah Abitbol Un si long silence et à la publication d’une enquête dans L’Équipe.

Il a été remis le 28 juillet à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports et à Roxana Maracineanu, ministre déléguée chargée des Sports. Il a été également transmis à la justice, dans le cadre de l’article 40 du code de procédure pénale qui précise que tout fonctionnaire « qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République. »

21 entraîneurs concernés par les signalements

Les auditions faites dans le cadre de ce rapport, des signalements sur la plateforme « signal-sports » mise en place par le ministère et plusieurs cas révélés dans la presse ont permis de mettre à jour de nombreux cas, concernant 21 entraîneurs.

Ces cas sont détaillés dans le communiqué de presse du ministère : « Douze pour des faits de harcèlement ou d’agressions sexuelles ; trois d’entre eux ont été condamnés, dans le passé, à des peines d’emprisonnement, fermes ou assorties d’un sursis ; sept dossiers concernent des violences physiques ou verbales (dont une majorité pourrait être frappée de prescription) ; deux autres cas enfin ont été rapportés à la mission concernant des entraîneurs décédés avant que les procédures engagées aient pu aller jusqu’à leur terme. Ces différents dossiers ont d’ores et déjà donné lieu à deux signalements au procureur de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale (février 2020), au placement en détention provisoire d’un entraîneur (février 2020) et à cinq mesures administratives d’interdiction d’exercer (avril 2020). »

La concentration des pouvoirs pointée du doigt

Un nombre d’affaires important, jugé « révélateur de pratiques et de comportements reproduits, qui ont traversé des générations d’entraîneurs dans les principales disciplines de la FFSG que sont le patinage artistique et la danse sur glace. Il est sans équivalent au plan international. »

Selon le rapport, la concentration des pouvoirs dans les mains de quelques personnes à la FFSG n’a pu « que favoriser une forme d’omerta sur les soupçons qui pesaient à l’égard entraîneurs et a pu conduire à l’absence de procédures disciplinaires, ou même de simples enquêtes, sur des faits de violence pourtant dénoncés par des victimes. »

La mission relève également « qu’il existe chez une partie des entraîneurs de patinage, un véritable problème d’alcool, dont la consommation peut également relever d’une forme d’initiation précoce des jeunes athlètes. »

Manque de transparence, conflits internes…

Si l’amélioration des résultats financiers et sportifs de la FFSG est jugée incontestable, les « différents contrôles dont elle a fait l’objet au cours des trois dernières décennies, y compris les plus récents, mettent en évidence un fonctionnement manquant de transparence, des conflits internes marqués dans une fédération multidisciplinaire et des difficultés réelles de fonctionnement de la direction technique nationale ».

Le nom de Didier Gailhaguet n’est jamais cité. Mais celui qui a été président de la FFSG entre 1998 et 2020 (avec une interruption entre 2004 et 2007), est évidemment visé.

Démissionnaire le 8 février dernier, Didier Gailhaguet a depuis entamé une action en justice à l’encontre du ministère. Nathalie Péchalat a été élue présidente de la FFSG le 14 mars dernier mais elle n’est pas destinataire de ce rapport, qui a été remis à l’ancien président.

En conclusion, les inspecteurs généraux recommandent à la FFSG « d’élaborer sa propre charte éthique et de déontologie, à soumettre les clubs affiliés à une obligation d’information de la Fédération en cas de faits de violences commis par des dirigeants ou des entraîneurs, à mieux encadrer l’hébergement des patineurs mineurs hors de chez eux par une charte définissant ses modalités. » Un autre rapport, concernant la la gestion administrative et financière de la FFSG, est attendu pour l’automne.