Hockey/Equipe de France : Le sélectionneur Philippe Bozon combat le vide

Sevré de match au moins jusqu’à février prochain, privé du prochain Mondial, le sélectionneur des Bleus, Philippe Bozon, essaye d’entretenir le lien avec les joueurs par des mini stages régionaux. Philippe Bozon a la voix des jours sombres. Le sélectionneur des Bleus est ébranlé par le raz de marée que représente le coronavirus pour le hockey international. Depuis février 2020, il n’a eu ni match, ni véritable stage à se mettre sous le patin. Amicaux, Mondial en Slovénie, tournoi de qualification olympique (TQO) : tout a été annulé ou reporté. Et rien en vue avant un tournoi amical programmé – si tout va bien – en février prochain. « Forcément, je ne le vis pas bien, c’est très compliqué, soupire le technicien, aussi increvable sur le banc (en 2018-2019, il a cumulé la casquette de sélectionneur avec celle de coach de Bordeaux) qu’il l’était naguère sur la glace, lui qui fut le pionnier français en NHL (Saint-Louis, 1992-1995). Ton métier, c’est entraîner et tu ne peux pas le faire, être avec les joueurs, vivre les matches. Il y a des disciplines qui jouent et tu es envieux de ça. » Tout aussi démoralisant : les Bleus n’auront pas non plus de Championnat du monde de Division 1A (2e niveau mondial) en mai 2021. Comme cette année, la compétition, programmée en Slovénie, a été annulée par la Fédération internationale, balayée par la crise sanitaire.

 Ça fait tout drôle dans l’exception culturelle d’un sport qui en dispute un par millésime, même en année olympique. Mais c’est encore plus pénible pour l’équipe de France et son coach, obligés de ressasser une saison de plus le traumatisme de la relégation subie en 2019, après douze ans d’affilée en Mondial élite. « Pour le groupe, ça va faire deux ans à attendre après un échec, note Bozon. En février dernier, on avait soldé le Mondial, on avait relancé une dynamique et on est à l’arrêt depuis. Maintenant, on n’a plus que l’objectif du Tournoi de qualification olympique (en août 2021 en Lettonie) devant nous, il faut concentrer toute notre énergie dessus. »

Des mini camps « pour garder le lien »

Le technicien a canalisé la sienne, débordante, dans un projet à petits pas : des mini camps d’entraînement pour les internationaux, organisés région par région. Après Grenoble, Cergy et Rouen les semaines précédentes, il sera à Angers jeudi et vendredi pour travailler les « habiletés » avec onze joueurs de champ d’Angers et de Bordeaux, tandis que cinq gardiens d’Anglet, Bordeaux et Gap seront rassemblés samedi et dimanche à Bordeaux. « Il s’agit surtout d’un travail individuel pour garder le lien », expose Bozon. Et cela aère sans doute l’esprit des joueurs, alors que la Ligue Magnus est suspendue en raison du huis clos imposé par le gouvernement. Les Bleus ont également reçu un programme de préparation physique individualisé et vont bénéficier des services d’un préparateur mental de l’Insep, l’ancien rugbyman Yann Le Meur. Si, au bout du tunnel, Bozon et ses hommes parviennent à décrocher la qualification pour les JO de Pékin en 2022 – ce qui n’est plus arrivé depuis 2002 -, elle donnerait une tout autre couleur à leur traversée du désert.

Source : L’Equipe, Yann Hildwein