Fédération française de Sports de glace/Entretien : Nathalie Péchalat « Une vraie volonté de faire bouger les choses »

Nathalie Péchalat revient sur sa première année à la tête de la Fédération française des sports de glace. Entre grands chantiers institutionnels et inquiétudes économiques et sportives liées à la Covid-19.

Nathalie Péchalat, vous avez été élue à la tête de la Fédération des sports de glace il y a bientôt un an. Quel bilan faites-vous de ces premiers mois de présidence ?

« Ça a été une année assez dense, assez incroyable de par tout ce qu’on a dû gérer. D’abord la crise liée à la lutte contre les violences sexuelles. Assez rapidement beaucoup de juridique à mettre en place. Une restructuration des ressources humaines aussi à tous les niveaux : les salariés, les élus, la direction technique nationale qui dépend du ministère. Et puis bien sûr cette crise sanitaire et économique qui nous est tombée dessus trois jours après mon élection et dont on n’arrive pas à se défaire. Des protocoles sanitaires à mettre en place, des clubs en souffrance, des sportifs qui n‘arrivent pas à s’entraîner correctement que ce soient les amateurs ou le haut niveau. Les dossiers sont nombreux mais il y a une vraie volonté de faire bouger les choses. »

Comme toutes les Fédérations vous êtes touchés par la crise sanitaire. Entre baisse des licenciés (« 20 % »), annulation d’une grande partie des compétitions… Êtes-vous en danger ?

« La Fédération sera en déficit en tout cas, ça c’est sûr. On part sur des prévisions budgétaires évidemment négatives, que la FFSG n’a jamais connues. Tous les secteurs sont impactés, nous ne sommes pas épargnés. Aujourd’hui on est vraiment dans l’urgence, chaque denier compte. »

Attendez-vous des aides de l’État pour vous en sortir ?

« On a sollicité les aides de l’état notamment via le chômage partiel pour nos salariés. Un fonds de solidarité est mis en place à la demande du CNOSF. Pour l’instant nous n’en sommes qu’au stade de l’évaluation des pertes. Maintenant il faut regrouper tous les documents et on attend. »

Sur le volet sportif, nous sommes à presque un an des Jeux Olympiques d’hiver à Pékin en 2022. Pour les athlètes concernés, la période actuelle peut-elle avoir de grosses conséquences ?

« Forcément, ça a été un coup sur la tête. On parle de deux saisons qui ont été raccourcies : la précédente qui n’a pas pu finir et celle-ci qui ne démarre presque pas. Pour être performant un sportif de haut niveau doit planifier ses entraînements en vue d’une échéance bien particulière. Sans cette visibilité c’est très compliqué de calculer l’intensité du travail. La mobilisation est forcément en chute libre : d’où l’importance d’avoir des entraîneurs sur le terrain qui puissent gérer et maintenir leur envie. »

Comment intervient la Fédération dans cette démarche ?

« On essaye d’être là sur d’autres domaines. Leur apporter des précisions sur la communication, les partenariats, pour les rassurer. Les directeurs des équipes de France sont en lien permanent avec nos athlètes de haut niveau, on les suit de près. Et on organise le plus possible de regroupements, comme ici à Grenoble, pour pouvoir créer une émulation dans l’équipe. Qu’ils gardent le cap sur leurs objectifs. »

Une sortie (peut-être provisoire) de crise s’amorce, quelles vont être vos priorités ?

« Il y a des leviers qui sont mis en place par le Comité olympique avec par exemple le Pass’Sport club pour aider les familles à inscrire leurs enfants dans les clubs sportifs. L’important c’est de les faire revenir à nous, c’est primordial pour notre survie. Puis il faudra essayer de reprendre les compétitions. C’est beaucoup de “si’’ donc on essaye d’avoir des plans adaptés à tous les scénarios possibles. Qu’on passe notre temps à faire et défaire aussi bien à l’échelle fédérale qu’à celle des clubs. »

L’ex-femme de Gailhaguet et Beyer en charge du patinage artistique

Depuis la nomination de Nathalie Péchalat en mars suite aux affaires de violences sexuelles, la Fédération française des sports de glace a connu de nombreux changements. Avec les départs notamment du Directeur technique national Rodolphe Vermeulen et de son adjointe Katia Krier (ex-épouse de Gilles Beyer, l’entraîneur accusé de viol par plusieurs patineuses dont Sarah Abitbol qui a ouvert la voie aux révélations dans son livre Un si long silence ). Remplacés respectivement par Frédérique Blancon et Annick Dumont (responsable des disciplines d’expression). Cette dernière est l’ex-compagne de l’ancien président Didier Gailhaguet, mais aussi de Gilles Beyer. Et s’est retrouvée mise en cause par une autre patineuse, Agnès Gosselin, qui a assuré avoir confié les abus dont elle aurait été la victime de la part de Beyer à Dumont dans les années 1980, mais que celle-ci n’était pas intervenue. Ce que la nouvelle responsable du patinage a démenti dans le quotidien sportif L’Equipe en février dernier.

Les championnats de France de patinage sont toujours dans un coin de notre tête. On attend de connaître le calendrier international (l’ISU doit se prononcer dans les prochains jours, ndlr) pour trouver le bon moment.

Propos recueillis par Julien Morin (L’Alsace)