Patinage/Violences sexuelles : « Ce qui m’est arrivé est un scandale », Didier Gailhaguet toujours remonté un an après sa démission

L’ancien président de la FFSG conserve un fort ressentiment près d’un an après les révélations qui ont entraîné son départ.Démissionnaire à contrecœur en février dernier sous la pression médiatique et ministérielle, Didier Gailhaguet estime toujours qu’il n’avait rien à se reprocher. Auditionné dans le cadre de la mise en examen de Gilles Beyer, l’ancien patron de la FFSG se dit « heureux » d’avoir pu donner sa version des faits aux enquêteurs.Il en veut considérablement à Roxana Maracineanu et réclame 300.000 d’euros d’indemnisation devant le Tribunal administratif.

Pour ceux qui s’inquiéteraient du sort de Didier Gailhaguet, soyez rassurés. Le grand satan du sport français ne se laisse pas abattre. Réfugié dans l’Hérault, où il s’occupe à réhabiliter tranquillement la maison centenaire du grand-père, un ancien berger de la région, l’ex-président de la fédération française des sports de glace (FFSG) a un peu plus de temps libre qu’avant. Il a enfin pu lire le livre de Sarah Abitbol, Un si long silence, 200 pages qui ont entraîné sa chute en quelques jours : « J’y ai lu des choses très tristes, mais aussi des choses très troublantes… » La suite de la phrase reste en suspens : Didier Gailhaguet a gardé le reste pour les enquêteurs.

Auditionné avant la mise en examen de Beyer

Le général dégradé a été entendu comme témoin le 7 janvier dernier dans le dossier Gilles Beyer, finalement mis en examen pour des faits d’agression et de harcèlement sexuel après l’ouverture d’une information judiciaire en février dernier. Une audition que Didier Gailhaguet attendait avec impatience, fatigué de raconter sa version à des gens « qui avaient décidé qu’il fallait un coupable ». Les médias, et surtout Roxana Maracineanu, son ennemie jurée, qu’il aime qualifier de « plus mauvaise ministre de la Ve République » dès qu’il en a l’occasion. On y reviendra.

Aux policiers, Gailhaguet a pu répéter sa version. En bref ? C’est lui qui avait alerté le premier pour Beyer en demandant une enquête, et c’est le ministère de l’époque qui n’a pas fait son boulot en le remettant dans le circuit. « J’étais très content de pouvoir m’exprimer et ça s’est très bien passé de mon point de vue. J’ai dit des choses qui méritaient d’être dites à des personnes à l’écoute et qui se sont comportées en véritables professionnelles ; Elles m’ont dit que l’enquête continuait, et je souhaite de tout cœur qu’elle aille à son terme. » Gailhaguet parle sans doute un peu pour lui aussi. Voilà six mois qu’il a attaqué le ministère des Sports, lui réclamant 300.000 euros d’indemnité et de préjudice moral pour en avoir fait le bouc-émissaire idéal dans le scandale de violences sexuelles qui a ébranlé le patinage il y a un an.

« La ministre avait décidé qu’il fallait un coupable »

Le ministère n’a pas mordu, évidemment, et tout ce beau monde doit se retrouver devant le tribunal administratif avant la fin 2021, si le Covid-19 n’allonge pas encore plus le temps de la réponse judiciaire. « Ce n’est pas une question d’argent, mais une question d’honneur, je suis loin d’être parfait, j’ai sans doute commis des erreurs, mais sur ce dossier je pense que l’État a énormément de choses à se reprocher. Ce qui m’est arrivé est un scandale et je suis déterminé à le prouver » C’est presque une vendetta personnelle contre Roxana Maracineanu, qu’il s’étonne de voir encore en poste : « C’est elle qui aurait dû démissionner par rapport aux fautes de son ministère dans cette affaire, pas moi ! »

L’homme a le cuir épais, sa faculté à se relever de tout fait encore trembler les ennemis d’hier, mais il concède avoir tangué un instant : « Ce qui m’est tombé dessus est violent quand même. Un soir de février, je suis tombé sur un type le double de ma taille qui a sorti un couteau et qui m’a dit ” je vais te planter sale violeur “. Si je n’avais pas eu le bon réflexe du fils de rugbyman en lui mettant un coup de pied là où il faut… Ce qui s’est passé avec ces filles que je connais pour la plupart est affreux, mais moi je suis clean dans cette affaire. Vous ne verrez jamais mon nom dans des histoires de petites filles ou de petits garçons. »

Une dernière tentative pour peser sur la vie de la Fédération

Le vague à l’âme n’a duré qu’un temps, cela dit. Didier Gailhaguet a vite retrouvé son aplomb de conquérant insatiable à la fin de l’été, quand il a fallu rugir une dernière fois pour faire trembler les fragiles (re) fondations de la FFSG. La nouvelle gouvernance s’apprêtait à l’enterrer définitivement au sixième sous-sol en faisant passer la limitation du nombre de mandats présidentiels dans le wagon de queue des nouveaux statuts. Alors l’ancien grand ordonnateur de la Fédération a ressorti son téléphone, dont le numéro n’a pas changé, pour faire le tour des soutiens.

Il s’est également fendu d’un mail plus menaçant qu’une mise en demeure des impôts. Ses cibles, dans le désordre : la nouvelle DTN qui n’y connaît rien au patinage, le prix de la nouvelle déco des bureaux de la Fédé, celui du changement de logo, et surtout l’incompétence de l’avocat – trop cher, lui aussi – consulté par Nathalie Péchalat pour réécrire les textes.

Un coup de semonce dans le vide, puisqu’une très large majorité vote pour. On imagine alors la détresse du vieux Maréchal d’Empire en retraite qui s’aperçoit que la bataille est perdue pour de bon. Lui jure le contraire : « Il n’y a pas mort d’homme, la fédération n’appartient à personne. Je considérais simplement qu’elle avait très bien fonctionné avec les anciens statuts et qu’il y avait d’autres priorités, mais sans jamais manifester la volonté d’un quelconque retour au sein de la gouvernance ». On n’est jamais trop prudents quand même. « Vous savez, Natalie je la connais bien, elle a des qualités. La seule chose que je peux lui reprocher, c’est d’avoir décidé que notre fédération ne soit qu’une annexe du ministères des Sports. » Maracineanu, encore et toujours.

Toujours présent aux réunions du CNOSF

Juré, cependant, Didier Gailhaguet n’est pas aigri. Il continue à suivre les compétitions ici et là, et se plaît à conseiller de nombreux patineurs qui continuent de le solliciter, dit-il. « Même mes plus grands ennemis ont du mal à remettre en cause ma vraie passion pour tous ces sports. » Il continue aussi d’assister aux réunions du CNOSF, dont il a refusé de démissionner pendant la tempête. A ce propos, il nous lâche qu’il avait dealé avec Denis Masseglia d’organiser sa fameuse conférence de presse de défense dans les locaux du comité olympique, en février dernier. Cela s’était pourtant terminé à soixante dans une salle riquiqui de la FFSG, en plein Covid dormant. « Vous savez sur ordre de qui ? » On a bien une petite idée, oui.

Propos recueillis par Julien Laloy